Le déparasitage des bovins

Pourquoi faut-il vermifuger régulièrement les bovins?

Les parasites spolient l’organisme. Plus les animaux sont parasités et moins ils sont productifs :

  • mauvaise croissance et retard de croissance chez les jeunes,
  • production de viande moins importante chez les animaux adultes.
  • immunité des animaux parasités moins bonne, ce qui les prédisposent aux maladies infectieuses (affections respiratoires, mammites, métrites…).
  • troubles de la reproduction (infertilité) et colostrum de moins bonne qualité chez les femelles.
  • moins bonne réaction à la vaccination (production d’anticorps insuffisante). L’idéal est de vermifuger les animaux quelques jours avant la vaccination, même si cela entraîne une double manipulation des animaux. 

Quels sont les principaux parasites des bovins?

Les principaux parasites internes des bovins sont :  

  • Les strongles digestifs (Ostertagia, Cooperia, Nematodirus, Trichostrongylus…) sont localisés au niveau de la caillette, de l’intestin grêle, du cæcum et du colon. Les larves sont ingérées par les bovins avec l’herbe, elles poursuivent leur développement dans le tube digestif et donnent une nouvelle génération de parasites adultes. Le cycle des strongles digestifs dure 3 à 8 semaines. Certaines larves de strongles digestifs s’enfoncent dans le sol pour résister à l’hiver (larves trans‐hivernales), d’autres passent l’hiver en attente dans la muqueuse de la caillette (larves enkystées).
  • Le principal strongle pulmonaire est Dictyocaulus viviparis. Les larves sont ingérées par un bovin, elles arrivent dans le tube digestif, traversent la paroi intestinale et gagnent les poumons par la voie lymphatique puis sanguine. Dans les poumons, les larves atteignent le stade adulte et recommencent un nouveau cycle. Le cycle de D. viviparis dure 4 semaines. Les bovins s’immunisent contre les strongles respiratoires au cours de la 1ère année de pâture et sont ensuite bien protégés.
  • La grande douve du foie (Fasciola hepatica) est un parasite dont les adultes vivent dans les canaux biliaires du foie des bovins contaminés. Ces adultes pondent des œufs rejetés dans les bouses. Dans des conditions favorables d’humidité et de chaleur, l’œuf donne naissance à une larve qui nage dans les marécages à la recherche de l’hôte intermédiaire, la limnée (petit escargot aquatique) dans lequel elle se multiplie rapidement. Les larves multipliées quittent la limnée et nagent vers les végétaux où elles se fixent près de la surface, devenant des larves infestantes. Absorbée par le bovin, la larve gagne les canaux biliaires en perçant le foie et s’y nourrit.
  • La petite douve du foie (Dicrocoelium lanceolatum) est surtout connue comme parasite des ovins, mais affecte également les bovins. Le cycle est assez proche de celui de la grande douve, avec deux hôtes intermédiaires successifs : des petits gastéropodes puis des fourmis. La transmission aux bovins peut se faire par utilisation de pâtures réservées aux ovins. Les œufs sont très résistants, ce qui signifie que les pâtures contaminées le sont toute l’année.
  • Les bovins peuvent également héberger des paramphistomes. Après ingestion au stade larvaire par le bovin, le paramphistome pénètre dans la paroi de la caillette et de l’intestin grêle. Chez les jeunes animaux, les lésions entraînent des hémorragies locales et un flux diarrhéique avec des matières très liquides et noirâtres. Il y a amaigrissement et parfois mort de l’animal en quelques semaines. Au stade adulte, le parasite vit dans le rumen, fixé à la paroi, entre les papilles. 
  • Les coccidies sont des parasites unicellulaires de l’intestin, affectant principalement les très jeunes animaux, entre 2 semaines et 3 mois, en stabulation. Les coccidioses ne se traitent pas par des vermifuges mais par des antibiotiques.

Quels sont les symptômes?

  • La strongylose digestive se traduit par un poil piqué, des diarrhées et une diminution de l’état des animaux (amaigrissement, retard de développement).
  • Le principal signe clinique de la strongylose pulmonaire (ou dictyocaulose) est une toux sans fièvre, un jetage, un essoufflement surtout à la fin de l’été. L’infestation peut être mortelle.
  • Les bovins atteints de fasciolose présentent peu de signes cliniques évocateurs : perte de poids, diarrhée… Il s’agit le plus souvent d’une découverte d’abattoir (et les foies saisis peuvent entraîner une perte économique importante).
  • Les signes cliniques de la dicrocœliose sont les mêmes que ceux rencontrés pour la grande douve du foie, mais sous forme encore plus discrète (ces parasites étant moins épais, ils entraînent moins de dégradation des canaux biliaires).
  • Enfin, la paramphistomose se traduit par un amaigrissement, une diarrhée intermittente et un météorisme transitoire.

Quand faut-il vermifuger?

Chaque élevage étant différent, il est impératif d’établir un plan de lutte personnalisé contre les parasites internes avec votre vétérinaire au cours de la visite sanitaire d’élevage annuelle (obligatoire). Vous définissez ainsi : les animaux à traiter (selon les lots ou les âges), les outils diagnostiques (éléments cliniques, coprologie, sérologie), les molécules utilisées, les dates des traitements. Vous aurez ainsi un plan adapté à la topographie de vos pâturages, à vos techniques d’élevages, aux résultats des analyses effectuées sur les prélèvements et aux signes cliniques observés… Vous pourrez également choisir la présentation la plus adaptée à votre organisation : pour‐on, injectable, buvable, aliments médicamenteux…

 

N’oubliez pas de garder soigneusement les ordonnances permettant la délivrance des antiparasitaires et de respecter les temps d’attente lait et viande (certains antiparasitaires ont des temps d’attente viande très long : 196 jours). 

 

Quel produit utiliser?

Plusieurs types de traitement antiparasitaire existent. Selon votre objectif et la fréquence d’administration souhaitée, vous utiliserez :

  • Des traitements non rémanents. Ils ont une action immédiate se limitant au jour du traitement (40 à 72 heures maximum). Ils seront utilisés de façon curative, par exemple en cours de saison de pâture si les bovins se révèlent fortement infectés ou en cours de saison avant l’ouverture d’une nouvelle parcelle. Ils sont également indiqués à l’entrée à l’étable, la rémanence n’étant pas nécessaire en étable/stabulation. Leur coût est faible. Ils s’administrent par voie orale, injectable, pour‐on ou aliments médicamenteux.
  • Des traitements rémanents. Ils ont une action de plusieurs semaines sur les parasites. Vous pouvez les administrer le jour de la mise à l’herbe ou quelques semaines après. A renouveler éventuellement 2 à 3 mois plus tard si nécessaire. Ils se présentent sous forme de pour‐on, d’injection classique ou derrière l’oreille.
  • Des traitements à libération séquentielle ou continue (bolus...). Leur durée d’action est de plusieurs mois (90 à 140 jours). Ils sont souvent utilisés chez les jeunes bovins en première ou deuxième saison de pâture ou sur des parcelles intensément pâturées. 

Le programme de vermifugation est différent selon l’âge des animaux :

  • Les animaux d’un an bénéficieront d’un traitement dirigé contre les strongles.
  • Les animaux de 2 ans bénéficieront d’un traitement efficace contre les strongles et un traitement contre la grande douve. Pour éviter de multiplier les administrations, il existe des produits mixtes qui permettent de traiter à la fois contre les strongles et la grande douve.
  • Pour les animaux de plus de 3 ans, l’idéal est de ne pas traiter « à l’aveugle » et de vérifier systématiquement l’état d’infestation des bovins, qui peut varier selon les années et les pâtures. 

Les strongles pulmonaires nécessitent une gestion particulière. Il n’y a pas d’immunité qui s’installe contre les strongles pulmonaires et les bovins adultes sont souvent atteints. La plupart des traitements contre les strongles digestifs sont efficaces contre les strongles pulmonaires, mais la protection ne dure pas toute la saison et une ré‐infestation est toujours possible. Il n’y a pas non plus de développement de l’immunité face à la petite douve du foie ; son dépistage et son traitement sont difficiles. En cas de manifestation clinique de parasitisme (diarrhée, amaigrissement, poil piqué, toux…), consultez votre vétérinaire. Selon votre stratégie de prévention et les traitements déjà réalisés, il vous conseillera sur le traitement à apporter.

 

Comment gérer les pâtures?

Différentes mesures peuvent être prises afin de limiter la pression parasitaire sur les pâtures :

  • Diminuer la charge en bétail sur les pâtures : on estime généralement qu’en doublant le nombre d’animaux sur une surface donnée, on quadruple le niveau d’infestation. Moins les animaux sont nombreux sur la pâture et plus ils peuvent être sélectifs, c’est‐à‐dire contourner les bouses.
  • Constituer des lots d’animaux de même catégorie et de même âge.
  • Sortir les animaux quand l’herbe atteint au moins 5 à 6 cm de hauteur : 80% des parasites se tiennent dans les 5 premiers centimètres de la végétation. Dans les herbes mouillées, les parasites ont tendance à se tenir dans le haut des plantes. Inversement, plus l’herbe est sèche et plus les parasites restent à la base des plantes.
  • Ne pas hésiter à complémenter au pâturage quand l’herbe devient moins disponible (afin de diminuer l’ingestion des larves infestantes).
  • Faire pâturer alternativement des jeunes bovins et des bovins plus âgés (dès la 2ème année de pâture, les animaux sont suffisamment immunisés pour que l’ingestion de larves infestantes ne se traduise pas par une excrétion massive d’œufs).
  • Instaurer une pâture tournante plutôt qu’une pâture continue : en augmentant le nombre de parcelles, le temps de rotation est plus long ce qui diminue les risques parasitaires.
  • Respecter des temps de « repos » des pâtures afin de les assainir. Un nettoyage complet des pâtures demande 3 ans (un peu moins en cas de périodes de gel ou de sécheresse). Un temps de repos d’un mois apporte déjà l’élimination d’une grande partie des parasites.
  • Alterner le pâturage avec la fauche (les larves ne survivent pas à une conservation en foin ou en ensilage).
  • Utiliser des plantes nématicides (comme la moutarde), soit en engrais vert (à enfouir avant une autre culture), soit en rotation.
  • Assécher les pâturages humides ou limiter le temps passé sur ces pâtures.
  • Ne pas épandre du fumier de bovins non composté. Le compostage assure une élévation de température propice à la destruction des œufs et des larves (en une heure à 50 °C). Veiller à ce que le compostage soit homogène : ramener régulièrement la partie externe, qui chauffe le moins, au centre du tas de compost.
  • Eviter le hersage qui a tendance à disséminer les œufs et les larves. 

 ©Centravet